8 novembre 2005 à 4H45 après un réveil
à 3H45 : il faisait déjà jour mais pas
trop envie de me lever si tôt... sommeillé encore
une heure. Donc lever à 4H45 : nous naviguons dans le
détroit de Gerlache large d'environ 10 km [?] ; il y a du
vent, quelques growlers sur la mer. Je reste donc une heure sur le pont
à photographier le paysage essentiellement. Avant
l'apparition du soleil au dessus des montagnes de la Terre de Graham
[la péninsule antarctique] à l'est, la
lumière était très belle sur les
montagnes de l'île Brabant à l'ouest [beaucoup de
toponymes d'origine belge ici du fait des navigations menées
par Adrien de Gerlache, en compagnie d'Admunsen, Arctowski,
à bord de Belgica à la fin du
XIXème siècle].
9H : ça y est, nous sommes près de l'île Cuverville dans une baie ceinturée de montagnes d'où descendent de nombreux glaciers. Beaucoup d'icebergs sont échoués ici ; le temps est vraiment magnifique et notre visite de ce matin à une manchotière se présente sous les meilleurs auspices.
10H30, sur une petite colline de Cuverville en haut de la
manchotière papou avec en face de moi un champ... d'icebergs
: du bleu, du blanc, du gris selon l'éclairage... c'est
très, très beau. Je suis en train d'attendre un
accouplement mais bon... j'ai peut-être mal
interprété la scène qui ressemblait
pourtant beaucoup à des préliminaires... Il ne
fait pas très chaud et il "neigeotte" quelques flocons. En
fait, j'avais bien interprété la "danse nuptiale"
;o)
Comme à chaque "descente" à terre, avant de quitter les lieux nous essayons d'aplanir les trous de nos traces vraiment trop profonds dans la neige afin de ne pas laisser un vrai parcours du combattant aux manchots. Eux-mêmes laissent des traces assez profondes à force de passer et repasser sur les mêmes pistes entre les différents "quartiers" de la manchotière.
Lors de notre retour à bord, nous flânons à nouveau entre les icebergs, très nombreux ici : certains ont visiblement basculé "cul par dessus tête" et nous présentent des parois en "balle de golf", d'autres sont échoués et leur "ligne de flottaison" se trouve maintenant bien au dessus du niveau de la mer. Je garde un très, très bon souvenir de ce slalom entre les icebergs très bien mis en lumière sous un beau ciel bleu.
Vers midi, nous levons l'ancre pour nous diriger vers Neko Harbour dans
la baie d'Andvord par le Chenal Errera. Ces 30 minutes de navigation
sont un de mes meilleurs souvenirs de mon voyage dans le sud. Le Chenal
de Errera, relativement étroit entre le continent et
l'île Rongé est encombré d'icebergs. Le
MS Nordnorge slalome vraiment entre ceux-ci passant parfois
à 15 m de l'un d'entre eux au ralenti bien
sûr dans un presque silence ; on parle à
voix basse... quand on parle, tellement absorbé par la
contemplation de ce paysage qui défile devant nous. Nous
sommes vraiment aux premières loges pour admirer les belles
couleurs de la glace, des montagnes, de la mer lisse comme un miroir.
Beaucoup de passagers sont à l'avant du pont 5 ; je suis
plutôt à l'arrière des ponts 5
à 7 ou alors au pont 5, tantôt sur
bâbord, tantôt sur tribord pour essayer de ne rien
louper. C'est vraiment très, très beau et je me
sens très "serein" dans ce décor, cette
lumière, l'allure du navire très
réduite, peu de bruit et je perçoit
même [malgré, l'"altitude" du pont 5] le
crépitement des glaçons dans la mer qui me
rappelle ma balade au Spitzberg en août 2003.
13p0 dans la cabine : j'ai photographié une baleine [de
Minke ?] au loin, trop loin hélas pour que je conserve les
photos alors que nous rebroussions chemin dans la baie
d'Andvord car les glaces empêchaient le
débarquement à Neko Harbour. Si le MS Nordnorge
complètement ceinturé de growlers et autres
glaçons pouvait encore manœuvrer, la navigation
n'aurait guère été possible dans cet
environnement pour les polar cirkel boats.
Nous nous dirigeons donc maintenant vers la baie du Paradis au sud-ouest d'Andvord. A ce moment là, j'ai enregistré "nous ne mettrons donc pas le pied sur le continent Antarctique"... quoique.... Il fait 3°C, 5 Beaufort [du moins, c'est ce qui est indiqué sur les écrans mais il m'a semblé comme à d'autres passagers, que les Beaufort montaient vite], cap au 222° par 64°47´ sud et 63°2´ ouest.
15H30, nous venons de franchir un pack assez... compacte dans Paradise
Bay et on nous annonce que l'on va débarquer sur le
continent vers 16H. La traversée de ce pack a
été très belle et j'ai notamment
photographié à tribord 2 phoques crabiers qui
somnolaient sur la glace et n'ont, il m'a semblé,
vraiment pas été dérangés
par le passage du MS Nordnorge à 30 m maximum d'eux. A
bâbord, il y avait un léopard selon des
passagers... dommage que je n'ai pas de don d'ubiquité.
Là, il y a de très beaux nuages lenticulaires...
on dirait "Mars attack" ;)
Nous débarquons donc au pied de la base argentine Almirante Brown [que son médecin déprimé, après avoir reçu un refus à sa demande de ne pas y hiverner une "nième" fois, a partiellement incendié (radical mais efficace : tout le monde fut rapatrié...) ] dans une ambiance douce : la lumière n'est plus aussi forte, le ciel s'est couvert, mais d'un plafond très haut, bien au dessus des nuages lenticulaires qui ne bougent pratiquement pas. Nous sommes dans un camaïeu de blancs, gris avec juste les touches colorées ocre des bâtiments de la stations, les bruits semblent étouffés.
Si les hommes ont provisoirement [?] déserté cette base, des manchots l'occupent et j'aime l'impression [fausse bien sûr] qu'ils occupent l'un des bâtiments en voyant leurs nombreuses traces autour de celui-ci. Quelques uns d'entre nous montent au sommet d'une petite colline au dessus de la base mais la pente assez raide me fait craindre pour mes genoux à la descente et je n'y monte donc pas.Voir quelques photos sur une image satellite de la base.
Je rembarque assez rapidement pour une balade en polar cirkel boat
d'une demie heure au fond de la baie, le long des falaises
où nichent des cormorans impériaux [ou
antarctiques] dont j'aperçois dans mon zoom la touche de
couleur jaune au dessus du bec. La balade se poursuit au pied [enfin,
pas trop près quand même !!] des fronts glaciaires
puis au milieu des growlers et des icebergs où
là, je peux observer et photographier à
10 m maximum, 3 cormorans aux yeux d'un bleu... mais d'un bleu !! sur
un tout petit "radeau" de glace à peine assez grand pour
qu'ils y prennent place. Plus loin, ce sont des prions de Foster qui se
reposent sur un tout petit growler à quelques
mètres du polar cirkel boat. On parle à voix
basse ou même par signes; je me contorsionne pour les
photographier. Le reflet du ciel gris clair s'accorde bien avec les
autres couleurs et j'attend, j'attend... en vain une chute de
séracs. Au Spitzberg, j'en ai observées beaucoup
plus et également entendu beaucoup plus souvent les "coups
de fusil" que fait la glace quand elle craque. Peut-être
est-ce dû au fait que c'était la fin de
l'été alors qu'ici, l'été
n'est pas encore commencé ?? La surface de l'eau est comme
un miroir et les reflets du ciel et des montagnes sont vraiment
magnifiques. C'est vraiment très, très beau et
j'ai vraiment beaucoup apprécié ces quelques
dizaines de minutes au ras de l'eau dans la Baie du Paradis, la bien
nommée.
18H, après la séance de jacuzzi sur le pont 6 alors que l'on est toujours à l'ancre dans ce décor grandiose. En fait, j'ai beaucoup plus apprécié la balade dans l'annexe que la visite de la base à terre... mais j'y ai mis le pied sur le continent Antarctique.
19H40, après avoir dîné tout seul, les autres français venant juste de rentrer sous quelques flocons de neige, nous allons mouiller à Waterboat dans une petite anse avec donc des fronts glaciaires sur au moins 240° autour du navire. Cet après-midi, une journaliste chilienne m'a interviewé, photographié. J'ai paramétré une alerte "hurtigruten" sur le google news chilien et j'ai bien vu quelques articles relatifs à l'hurtigruten dans la presse chilienne ou sud-américaine mais pas encore de trace de l'interview... Ce soir, la "marche de l'empereur" nous est présentée.
